Prenez un sac en papier, un sac ordinaire, un sac comme une enveloppe pour emporter ce qui seul a du prix : son contenu – vous l'avez payé, du reste. Et si l'enveloppe se décachetait, s'ouvrait, s'offrait à l'écriture ? D'une ligne à l'autre, d'un champ à l'autre s'ordonnent les bandes de papier en séquences de triangles unies à la terre puis soudain suspendues à la respiration d'une plage de ciel ou retenues par les carrés de la certitude. Bleus et verts, ocres et jaunes. Les pigments de la terre, les nuances mouvantes de l'air et de l'eau aspirent le quotidien inscrit encore et toujours en filigrane dans le rythme incantatoire des formes, au fil de cette couture noire aussi ténue que tenace. Ainsi se déroule chaque sac, cantique de la création.
Sylvie
Christophe n'avait-elle pas transcrit les versets du premier jour de
la Genèse en regard de sa première composition de tapis
de prière marocains, de tapis réinventés sur le
papier ? Aux jeux des laines, aux tons francs des teintures répondent
les plis du papier, son relief, le mouvement un peu fantasque et
aléatoire de la couleur imprimée par la brosse. Papiers
récupérés ici ou là, papiers de luxe,
papiers d'emballage. Papiers ciselés en flammes tendues vers
l'ailleurs ou repliés en méditation intérieure.
Sans déchirures. Papiers éphémères,
fragiles, et si forts dans l'unité de la composition : prière
des hommes afin que pour eux, par eux, chante le monde qui les a
conçus.
Hélène Say, septembre 1996
Hélène Say, conservateur-en-chef du patrimoine, a écrit ce texte pour l'exposition de Sylvie Christophe “ Papiers peints' ” au Musée du Cloître à Tulle.